en bande organisée

Inter orga des auteurices de Bande Dessinée

communiqué

  • Mépris du SNE, du CNL et de l’État : après Angoulême, combien de crises faudra-t-il encore ?

    L’interorganisation des auteur·ices de BD prend acte, avec une grande surprise et une profonde déception, de l’absence de responsables du Syndicat national de l’édition (SNE), du Centre national du livre (CNL) et de représentants de l’État lors de la présentation officielle des résultats de l’enquête 2025 des États Généraux de la Bande Dessinée (EGBD) à l’Assemblée nationale – et ce malgré l’invitation formelle qui leur avait été faite.

    Ce silence institutionnel est un signal politique. Il est aussi une faute.

    Rappelons que les éditeurs indépendants du SEA étaient, eux, présents. Rappelons aussi qu’en quelques semaines, la Foire du livre de Bruxelles a su, elle, organiser une réception à la hauteur des enjeux portés par l’enquête conduite par les EGBD. En France, rien. Ce contraste est accablant.

    Alors même que la situation sociale des autrices et auteurs de bande dessinée n’a jamais été aussi critique, les principaux acteurs censés participer au dialogue social choisissent l’absence. Cette désertion intervient dans un contexte déjà explosif. En effet, la crise majeure qui a conduit au boycott par les autrices et auteurs du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, puis à son annulation, a démontré l’ampleur du malaise et l’échec d’un dialogue social devenu inopérant.

    Dans le même temps, les avancées attendues suite à la mobilisation historique pour amender l’article 5 du Projet de Loi de Financement de la Sécurité sociale (PLFSS), mobilisation qui devait ouvrir la voie à des réformes structurelles du cadre social des artistes-auteurs, sont aujourd’hui à l’arrêt.

    Plus préoccupant encore, certains événements soutenus par des financements publics semblent évoluer en totale déconnexion avec la réalité sociale des artistes-auteurs. Ainsi, le Festival du Livre de Paris, organisé par le SNE, financé notamment par la SOFIA et le CFC, prétend mettre aujourd’hui la bande dessinée à l’honneur tout en apparaissant largement à côté des enjeux et des préoccupations concrètes des autrices et auteurs. En effet, après un partenariat incompréhensible avec Amazon, après une absence de droits de monstration, après le fait que les autrices et auteurs ne pouvaient obtenir une entrée gratuite en tant que professionnel·les, nous découvrons qu’aucun débat ou table ronde ne sera consacré aux résultats – pourtant si alarmants – des États Généraux de la Bande Dessinée.

    Ces faux pas et cette indifférence envers ce qui angoisse aujourd’hui les autrices et auteurs sont inacceptables. Tout cela soulève des questions sur les priorités et la compréhension des institutions concernant la situation de ceux qui sont à la base de toute la filière livre, un secteur qui constitue pourtant un pilier culturel majeur.

    Que faut-il de plus ? Combien de signaux d’alerte seront encore ignorés ?

    L’absence du CNL, du SNE et de l’État à la présentation des résultats de l’enquête des EGBD, quelques semaines seulement après la crise de grande ampleur du festival d’Angoulême, ne peut être interprétée que comme du mépris pour les autrices et auteurs. L’absence d’invitation à parler de ces résultats au Festival du Livre de Paris traduit à son tour le même mépris pour les autrices et auteur, ainsi que pour leurs conditions de vie, leurs difficultés sociales et financières, leur travail, etc.

    Ces instances ne pourraient pas mieux s’y prendre pour attiser la colère et nourrir un sentiment désormais largement partagé : celui d’être abandonné. Pour beaucoup, il ne s’agit pas d’un débat abstrait. Les autrices et auteurs qui lisent le rapport des EGBD le disent : c’est leur vie.

    Face à cette situation, l’Inter-organisation des auteur·ices de BD annonce le lancement immédiat d’une initiative ambitieuse : un plan de sauvegarde des métiers des auteurs du livre.

    Ce plan sera élaboré en concertation avec l’intersyndicale des artistes-auteur·ices et les acteurs de bonne volonté de la filière, comme, par exemple, les représentants des éditeurs indépendants, des festivals et des OGC venus, eux, à la présentation à l’Assemblée nationale. Ce plan visera à consolider les propositions concrètes existantes et en formuler d’autres, structurelles et applicables sans délai, pour garantir des conditions de travail et de vie dignes.

    En parallèle, nous demandons que ce qui a été voté dans le cadre du PLFSS par l’Assemblée nationale soit enfin appliqué par le ministère de la Culture.

    Il y a urgence.

    Nous appelons l’ensemble des pouvoirs publics, des organisations professionnelles et des acteurs de la chaîne du livre à sortir de l’inaction et à s’engager dans un dialogue réel, à la hauteur de la crise que traverse le secteur.

    Faute de quoi, la mobilisation des autrices et auteurs ne pourra que s’intensifier. Nous avions prévenu en vain avant le festival d’Angoulême du danger qu’il y avait à ne pas répondre à la colère des autrices et auteurs. Va-t-on devoir attendre qu’elle dévaste tout pour être enfin entendu ?

    Signataires :

    • États Généraux de la Bande Dessinée
    • Ligue des auteurs professionnels
    • Charte des Auteurs et Illustrateurs de Jeunesse
    • STAA CNT-SO
    • SNAP CGT
    • ABDIL
    • SCAA

    Télécharger l’enquête auteurs des EGBD :

    www.etatsgenerauxbd.org